mercredi 14 octobre 2009

Vu et approuvé/Hôtel Woodstock

Hôtel Woodstock,
Ang Lee



Ang Lee décide de prendre l’histoire par le petit bout de la lorgnette, c’est-à-dire par la personne qui va tout faire pour accueillir dans sa ville le célèbre festival de Woodstock en 1969. Elliot est appelé en renfort par ses parents qui gèrent un petit motel miteux dans une ville sans intérêt, et qui le gèrent plutôt mal puisqu’ils sont endettés jusqu’au cou. Quand la ville voisine refuse d’accueillir un festival organisé par des hippies, Elliot propose de louer des terrains sur sa commune, pour recouvrer les dettes de ses parents… Chacun va alors vouloir profiter de cette manne financière, où les organisateurs distribuent les billets aussi facilement que les baisers. A commencer par la mère d’Elliot, grippe-sous sans cœur, qui exploite cette opportunité au maximum. On retrouve tous les codes de cette époque peace & love : substances hallucinogènes, sexualité désinhibée, sans oublier la musique de la fin des années 60. Mais du concert, on ne verra presque rien, si ce n’est les glissages dans la boue, la cohue sur les routes, la surchauffe du système électrique. Bref, tous les à côtés, ce qui est un parti pris intéressant. Mais le film s’étiole dans la dernière demi-heure, alors qu’il avait jusqu’alors rempli ses promesses de comédie de mœurs.

mercredi 23 septembre 2009

Lu et approuvé/L'herbe de fer

L'herbe de fer,
William Kennedy

Francis vient de trouver un job à la journée dans le cimetière municipal. Il passe devant la tombe de son enfant qui a glissé de la table à langer sous ses yeux. Il voit aussi la sépulture du briseur de grève à qui il a lancé une pierre et qui est mort sur le coup. Il s’entretient ainsi avec tous les fantômes de son passé, et ils sont nombreux puisque Francis est un hobo, un vagabond, qui dort la nuit dans le froid, ne mange pas à sa faim, et qui doit rendre coup pour coup pour survivre. Il est flanqué d’un compagnon de route pas très fûté et d’une femme à l’article de la mort qu’il ne peut protéger…Si ce roman conte avec un réalisme saisissant les dures conditions de la vie de hobo, il étonne surtout par l’introspection à laquelle se livre le héros.On entre dans sa peau, dans son âme, détruite par des années d’errance et d’alcoolisme.

Vu et approuvé/Noah and the Whale

Noah and the Whale, Café de la Danse

Ces quatre britanniques venus de Londres ont la ritournelle facile. Il n'y a qu'à écouter 5 years time, mélodie enlevée et sucrée, qui est sans conteste le tube de leur premier album Peaceful, the world lays me down. Mais ils ont aussi la larme facile, versant régulièrement dans la mélancolie, grâce à la voix grave du chanteur Charlie Fink. En concert, on passe donc du chaud au froid! Avec même quelques poussées celtiques, avec le recours au violon. Je regrette simplement que la structure des morceaux soit souvent la même : une intro douce et calme portée par la voix de Charlie Fink, avant que la batterie et basse viennent booster le tempo. C'est dommage, parce qu'ils gagneraient à mettre plus de rythme et de densité dans leur musique.

L'info en plus :
Leur 2nd album
The First days of spring vient de sortir

vendredi 4 septembre 2009

Coup de projecteur sur/les hobos

Hobo,
la vie à fond de train

Ces vagabonds itinérants prenaient clandestinement des trains de marchandises et débarquaient dans les villes pour trouver du travail, aux Etats-Unis, dans les années 30. Ils ont nourri l’imaginaire américain, dans la littérature, la musique, le cinéma…Petit tour d’horizons culturel de ce phénomène.

Contexte

La Grande Dépression
La crise économique de 1929 a été déclenchée aux Etats-Unis par le krach bousier de Wall Street, plongeant le reste du monde dans la récession et provoquant en partie
la montée du fascisme en Europe dans les années 30. Aux Etats-Unis, des milliers d’actionnaires sont endettés, les banques font faillites, les industries licencient. Le chômage augmente, la croissance et la consommation baissent. Que reste-t-il de ces années noires ? Le hobo qui est devenu un personnage mythique, voire romantique, dans la culture américaine.

Hobo, qui sont-ils?
Le hobo est un pur produit de la Grande Dépression aux Etats-Unis. Dans les années
30, les hobos sont ces vagabonds, qui sautent de wagon en wagon, errent de ville en ville, l’œil hagard et le visage livide, à la recherche de travail et d’une vie meilleure. Le train est presque le personnage central de cette époque : c’est là où se font les rencontres, se lient des amitiés, se dévoilent les bons plans ou se donnent les coups couteaux. La misère sociale est la toile de fond de cette époque qui a jeté à la rue des milliers d’américains : la faim et les soupes populaires, le froid et les nuits à la belle étoile, la violence et les nuits en tôle, l’alcoolisme et les bars peu fréquentables…

Homeless Bohemian, des romantiques?
Suffirait-il de rajouter le qualificatif bohème au sans domicile fixe pour en faire un être romantique ? Il paraît que oui, parce que c’est un être libéré de toutes contraintes sociales, qui nourrit les valeurs contestataires. Mais sa liberté a souvent un prix : celui de dormir sous les ponts, de patauger dans la gadoue, de courir après les trains, de passer une nuit en prison, de ne connaître jamais de répit. On dit du romantisme que c’est le triomphe du sentiment contre la raison. Mais, quand il n’y a plus de raison de vivre, il ne reste que le sentiment de survie, parfois bestial et cruel.

Littérature

Carnet d’un hobo, Willian Henry Davies
Entré clandestinement aux Etats-Unis à 22 ans, W.H Davis essaye de trouver des petits boulots, sinon mendie et vole, boit comme un trou. Après une vie de vagabondage à l’américaine, il teste la vie de clochard à l’anglaise…




La Route, Jack London

Jack London connaît bien les hobos pour avoir été l’un des leurs : à 18 ans, il démissionne de la centrale d’électrique d’Oakland après le suicide d’un ouvrier licencié. Il se retrouve alors sur la route et rejoint un groupement de chômeurs qui revendique… la construction de routes. Il est même arrêté en 1894 pour vagabondage et incarcéré pendant un mois. Son recueil de nouvelles La Route, retrace le périple de Jack-le-matelot à travers les Etats-Unis et jusqu’au Canada, périple marqué par les injustices sociales et raciales.

Sur la route, Jack Kerouac
Voici un mythe. A la fois libertaire et contestataire, ce roman largement autobiographique évoque la rencontre entre deux auto-stoppeurs, Dean Moriarty et Sal Paradise. Ils boivent, se droguent, baisent de villes en villes, des punks avant l’heure qui encensent l’amitié, rejettent la conformité. Soit la liberté à fond la caisse…euh, à fond de train ! Un livre qui a influencé les beatniks et les hippies.


Un fils de l’Amérique, Nelson Algren

Livre sans fin, non pas pour dire qu’il est long et ennuyeux, mais que l’auteur ne l’a jamais terminé, Un fils de l’Amérique raconte la vie de Cass MaKay, un cas social. Livré à lui-même depuis son enfance, miséreux et analphabète, Cass quitte le Texas et vagabonde à travers les Etats-Unis, échoue pour quelque temps à Chicago où il se stabilise un peu. Mais un vrai hobo a toujours la bougeotte…


L’herbe de fer, William kennedy
Francis est parti de chez lui, parce que son bébé est tombé de la table à langer alors qu'il s'en occupait. Ce n'est pas la seule personne à qui il a causé directement ou indirectement la mort...Francis revoit tous les fantômes de son passé, à chaque coin de rue, à chaque instant, rendant encore plus difficile son errance.


Les raisins de la colère, John Steinbeck
Les Joad, famille de paysans, sont ruinés après les tempêtes de poussière, sont remplacés dans les champs par les tracteurs, sont exploités par les grands propriétaires. Ils quittent alors leurs terres d’Oklahoma pour trouver un travail en Californie, mais ils vont de désillusions en désillusions sur la route de cet el dorado.



BD

Les rois vagabonds, James Vance et Dan Burr
Freddie Bloch s’enfuit sur les routes à l’âge de 12 ans pour retrouver son père : il découvre un monde cruel et va devoir grandir très vite, s’il veut survivre.





Musique

Hobo's lullaby, Woodie Guthrie
Ce chanteur et guitariste de folk américain a marqué la culture contemporaine avec ses chansons engagées. Il fait partie de ces Okies, chassés par la misère de l’Oklahoma, qui migre vers la Californie comme dans les Raisins de la colère. Il écrira d’ailleurs une ballade sur Tom Joad, le héros du roman de Steinbeck. Il rédigera aussi une autobiographie Bound for Glory, qui sera portée au cinéma en 1976 par Hal Ashby. Très engagé politiquement, il se syndique, montre sa sympathie pour les communistes et s’insurge contre les conditions de vie des migrants et des travailleurs. Enthousiasmé par le New Deal de Franklin D.Roosevelt pour relancer la machine économique américaine, il louera en chanson ces grands travaux devant les ouvriers sur des chantiers. Il a influencé Pete Seeger, Joan Baez, the Byrds, ou encore Bob Dylan.

Cisco Houston

Ce chanteur folk a mené la vie de hobo. A cause de la grande dépression, il est obligé de travaillé pour aider sa famille et part sur les routes avec son frère et toujours une guitare à la main. Durant ses voyages, il élargit son répertoire et joue dans la rue, dans des clubs, parfois à la radio. Il se lie ensuite d’amitié avec Woodie Guthrie avec qui il fait une tournée dans les camps de travailleurs immigrés. Il rejoint ensuite les Almanac Singers, groupe de folk à gauche où chantent Pete Seeger, Lee Hays, Millard Lampell…


I'm a lonesome hobo, Bob dylan
A peine sorti de l’adolescence, Bob Dylan découvre le livre Bound for Glory de Woody Guthrie et part à New-York pour rencontrer son idole. Dylan fait la connaissance des Gleason, dont l’appartement voit passer régulièrement des grands noms de la scène folk : Cisco Houston, Jack Elliot, Pete Seeger et Woody Guthrie. Il se fait remarquer dans les clubs de Greenwich village et enregistre son premier album en 1961. Il devient dans les années 60 un symbole de la contre-culture, avec ses protest songs.

Seasick Steve

Un bluesman pour changer. Seasick Steve a vécu à la dure sur les routes du Tennessee, Mississippi, vivant de petits boulots de fermiers ou de cowboy. Il a commencé sa carrière musicale dans les années 60 aux côtés de Janis Joplin et Joni Mitchell, puis a travaillé comme producteur. Il a enregistré son premier album en 2006 et sa popularité a vraiment décollé après un show à la BBC.





Like a hobo, Charlie Winston

Hobo, lui? Avec sa chemise blanche bien repassée et son chapeau très stylée à la Pete Doherty? Non, c'est juste une blague...

mardi 1 septembre 2009

Lu et mitigé/Tritska

Tritska, Nik Cohn

Comment un critique rock se transforme en impresario dans le hip hop? C’est l’étrange aventure que Nik Cohn a vécu, déménageant de New-York à la Nouvelle-Orléans. Le vieux blanc a dû mal à trouver sa place dans ce milieu de jeunes blacks, comme une tache d’eau dans de l’huile. Il est confronté à un univers parfois violent et pauvre, d’où sort une rage intérieure qu’il espère bien coucher sur le papier et mettre en musique. Hélas, ses petits protégés sont souvent rattrapés par un quotidien misérable et ne sont pas très assidus au studio de musique.
Il vaut peut-être mieux aimer le hip hop pour lire ce livre, mais il y a aussi des commentaires au vitriol sur le monde de la musique en général : « La musique qui me touche ne se préoccupe pas de métaphysique de pacotille; elle est dure et coriace, et elle est l'écho des lieux d'où elle vient, du bruit des rues. Le moment où quelque chose de nouveau surgit d'en bas en bouillonnant, plein de sexe et de fureur, juste avant que l'industrie de la musique l'enchaîne et en fasse une marchandise - de ça, je ne me suis jamais lassé. » On pénètre surtout dans les bas-fonds d’une ville, comme dans ses quartiers huppés : la Nouvelle-Orléans est une héroïne en soi, décadente bien avant le passage de l’ouragan Katrina. On peut regretter que les passages soient très inégaux en qualité et que le livre traîne en longueur.

lundi 31 août 2009

Lu et approuvé/Beignets de tomates vertes


Beignets de tomates vertes,
Fannie Flagg


Fannie Flagg nous invite à rentrer dans un univers - celui du Whistle Stop café dans l’Alabama au siècle dernier - qu’on a dû mal à quitter. Tout comme Evelyn Couch, mère au foyer mal dans sa peau avec ses kilos en trop et sa vie étriquée, a dû mal à se séparer de Ninny Threadgoode, pensionnaire pimpante d’une maison de retraite qui lui raconte toutes les péripéties de sa famille adoptive. Les Threadgoode ont été l’âme de Whistle Stop, avec Idgie, le garçon manqué qui a a ouvert le seul café du village, qui accueillait à la fois les hobos (vagabonds) lors de la crise de 1929 et les noirs dans l’arrière cours ; une audace qui lui a valut d’être menacée par le Ku Klux Klan. Avec Ruth, pièce rapportée, belle à en mourir, du point de vue d’Idgie en tout cas, qui en a fait sa compagne et son associée. Avec Stump, le fils de Ruth, qui accomplit exploit sur exploit malgré un bras en moins. Et puis dans ce sud raciste, il y a les domestiques, les noirs, qui habitent en face, à Troutville. Comme pour gommer des décennies d’injustice, Fannie Flag les présentent sous un jour plus que flatteur : fidèles, courageux, travailleurs…Presque parfaits ! Dans cette petite vie gravitent aussi le policier à la recherche du robin des bois des trains, la postière qui tient la chronique du village plus prompte à parler de sa moitié que des nouvelles du jour…toute une série de personnages bien souvent attachants, et rarement épargnés par les malheurs. Le petit miracle de ce livre est de ne pas tomber dans une nostalgie qui sent la naphtaline, mais au contraire de nous faire vivre cette époque comme si on y était. On rit, on pleure, on s’émeut, on s’indigne, on sent l’odeur du barbecue d’un Big Georges et ressent l’amour maternelle d’une Sispey.

L'info en plus : Le livre a été adpaté au cinéma en 1992 par Jon Avnet, avec Kathy Bates, Mary Stuart Masterson, Mary-Louise Parker et Jessica Tandy.

jeudi 13 août 2009

Lu et approuvé/Une odeur de gingembre

Une odeur de gingembre,
Oswald Wynd

Ce roman est remarquable à tous égards.
1. Pour l’histoire d’une vie, celle de Mary MacKenzie qui commence sous les meilleurs auspices, puisqu’elle part de son Ecosse natale pour rejoindre son époux anglais en Chine. Elle découvre une culture très différente et consume un mariage sans saveur. Presque par hasard, elle tombe sous le charme d’un militaire japonais et tombe enceinte. Elle devra alors fuir au Japon et se débrouiller seule dans un pays inconnu.

2. Pour la grande histoire, celle qui tient de toile de fond au roman, traitant à la fois de l’impérialisme britannique en Chine, du nationalisme exacerbé des Japonais, du capitalisme américain, des guerres qui secouent le monde. Tout cela se passe dans la première moitié du XXe siècle et le monde connaît de grands bouleversements, aussi bien sur un plan historique que technique.

3. Pour la psychologie du personnage. Mary part en Orient avec des yeux d’enfants et découvre déjà à bord du bateau qui l’emmène en Chine que la vie n’est pas telle que sa mère lui a décrit. A la faveur des rencontres, Mary affirme son caractère, pense par elle-même et s’écarte du mode de vie qui lui est imposé. A son arrivée au Japon, Mary croise une féministe, s’émancipe par le travail. En avance sur son temps.

4. Pour la forme épistolaire qui nous fait entrer dans l’intimité de l‘héroïne. Mary écrit de longues lettres à sa mère sur le bateau, puis tient un journal intime quand elle n’a plus personne à qui parler. Les lettres ne sont pas forcément régulières mais nous font partager toute sa vie, du plus infime détail comme la décoration de sa maison à l’événement le plus tragique, comme le kidnapping de son enfant.

5. Pour la peinture de mœurs. On y voit une Chine aux deux visages au début du XXe siècle, avec des pousse-pousse rachitiques à tout les coins de rue, et des expatriés qui mènent chichement une vie de réception. On découvre ensuite un Japon menacé par les catastrophes naturelles, replié sur lui-même et extrêmement codifié, presque incompréhensible pour un occidental.