jeudi 5 mai 2011

Lu et mitigé/ Le Paradis du Néant

Livres

Le paradis du néant,
Zoé Valdés


Après Le Néant quotidien qui racontait la difficulté des Cubains à vivre sur leur île avec la dictature de Castro, voici Le Paradis du Néant qui narre les difficultés des Cubains à vivre en dehors de leur île, toujours sous la dictature de Castro.

Yocandra, l'héroïne, une écrivaine cubaine exilée à Paris, vit dans un immeuble du Marais habité par nombre de ses compatriotes. Elle retrouve les mêmes travers que là-bas : curiosité mal placée, rumeurs qui enflent, espionnage de bas étage... Car, comme les exilés, les taupes s'exportent...

Volontairement associable, Yocandra va retrouver une certaine douceur avec l'arrivée de sa mère qu'elle réussit à faire sortir de Cuba. La mère va alors devenir comme une petite fille perdue au milieu de cette grande ville, mais capable de s'adapter à ces nouvelles mœurs avec la facilité d'un enfant. La fille va prendre le rôle de la mère, inquiète à la moindre absence, la raisonnant comme une ado.

Personnage instable et changeant, Yocandra va épouser Fidel Raul, un prénom marqué d'un sceau funeste pour tout exilé puisque c'est celui des deux frères Castro au pouvoir, un dragueur invétéré qui lui apporte sécurité et confort...Le grand amour, lui, est resté à Cuba.

J'ai apprécié le livre pour le regard sans concession qu'il pose sur Cuba et les Cubains : l'auteure, exilée après la parution de son premier roman, a la dent dure avec le régime de Castro et dénonce les espions envoyés pour surveiller les exilés. Elle restitue très bien cette ambiance à la fois nocive et festive de son immeuble (si, si, c'est possible, comme la cigarette!) avec ses compatriotes.

Je l'ai beaucoup moins aimé pour son intrigue. Je sais que tout l'art de l'écrivain est de fabuler mais plus le roman avance et plus la ficelle est grosse, jusqu'aux dernières pages qui deviennent complètement irréalistes. Il y a des pardons impardonnables qui deviennent aussi faciles qu'une lettre à la poste, il y a des retrouvailles improbables entre des dizaines de personne, bref il y a vraiment de quoi faire passer des vessies pour des lanternes.

Enfin, il faut aimer le style direct de Valdès, parfois grossier. Et moi, j'ai trouvé ça fatiguant ces gros mots gratuits. Bordel de merde!

mardi 12 avril 2011

Vu et approuvé/ The company men

Cinéma

The Company men,
de John Wells


Ce film est sans doute plus édifiant pour un Américain que pour un Français. En effet, Bobby Walker est une caricature de l'american way of life : une belle et grande maison, une nouvelle Porsche dans le garage, un super swing au golf, deux enfants formidables... Il travaille dans la société GTX qui subit de plein fouet la crise et licencie à tour de bras, avec à sa tête un patron qui pense davantage au cours de son action et des dividendes des actionnaires qu'aux hommes qui vont être sacrifiés sur l'autel du capitalisme. Et voilà en quoi ce film américain, réunissant quand même des acteurs aussi illustres que Ben Affleck ou Tommy Lee Jones, peut surprendre dans le pays qui a vu le capitalisme naître et se développer. Et où on ne s'attend pas qu'une forme de contestation puisse sortir des studios d'Hollywood.

Dans ce film, on suit trois destins. Ceux de pères de familles ou de maris qui n'arrivent plus à subvenir aux besoins d'une famille ou d'une épouse. Mais il ne s'agit pas ici de les nourrir ou de les vêtir. Non, il s'agit de permettre à sa fille de faire un voyage scolaire en Italie, de pouvoir payer son abonnement de golf ou d'offrir à son épouse une console à 17 000 dollars. On a du mal à plaindre ces chômeurs qui doivent renoncer à leur Porsche, quand tant de gens dans le monde doivent renoncer à bien plus... Mais ce film montre aussi combien un licenciement peut "émasculer" un homme, notamment dans des familles traditionnelles où seul l'homme travaille et où la femme s'occupe des enfants quand il y'en a.

Les + : la réalisation sobre et la brochette d'acteurs : Tommy Lee Jones, Ben Affleck et Chris Cooper, impeccables dans leurs interprétations d'hommes déchus.

Les - : les discours convenus et le happy end

mardi 5 avril 2011

Vu et mitigé/Tous les soleils

Films

Tous les soleils,

Philippe Claudel


Alessandro est professeur de musique baroque à Strasbourg et a des petits problèmes relationnels avec sa fille de 15 ans. Il héberge son frère, Crampone, qui passe ses journées en robe de chambre et ne sort plus de l'appartement depuis que Berlusconi a pris le pouvoir en Italie. Autant dire que ça fait un bail! Et comme la famille est italienne, ça parle fort, ça crie à table et ça mange des spaghettis (je voudrais pas faire de cliché mais ces scènes abondent dans le film).

Les + : Il y a de jolis moments, émouvants ou drôles. Emouvants puisqu'Alessandro fait la lecture aux malades dans une association. Drôle puisque son frère organise des rébellions depuis sa salle de bain. Il y a de la bonne musique, entraînante, sautillante, qui regorge de soleil. Il y a de bons acteurs, et notamment le duo Stefano Accordi (très touchant) et Neri Marcore (très drôle) , qui donnent tout le sel du film.

Les - : Il y en a aussi des mauvais : les seconds rôles -copains ou collègues- qui plombent certaines scènes. On notera aussi quelques erreurs d'appréciation du réalisateur : les ados d'aujourd'hui organisent-ils vraiment des booms en dansant des slows sur de la musique des années 80? Enfin, il y a surtout une intrigue qui n'avance pas et très banale : veuf, ce père ne voit pas sa fille de 15 ans grandir et délaisse sa vie amoureuse.

Ce film se distingue donc davantage pour son ambiance et la chaleur qu'il dégage. Pourquoi pas? C'est de saison.

dimanche 13 mars 2011

Lu et approuvé/ Sang Impur

Livres

Sang Impur,
Hugo Hamilton

C’est dingue comme la littérature irlandaise nous fournit un paquet de grands auteurs, et même s’il on osait aller un peu plus loin, de génies. Je ne parle même pas des Jonathan Swift, des James Joyce, des Samuel Beckett, des Liam O’Flaherty, des Georges Bernard Shaw. Je parle d’une nouvelle génération, né après la Seconde Guerre mondiale, que ce soit en Eire ou en Irlande du Nord : Colum McCann, Joseph O’Connor, Robert McLiam Wilson, Hugo Hamilton.

Hugo Hamilton était jusque là un écrivain reconnu par la critique et par ses pairs, mais qui n’avait pas encore trouvé un grand écho dans le public. C’est chose faite avec Sang Impur, Prix Femina étranger en France en 2004, qui a été un best-seller en Irlande et traduit en plusieurs langues. Dans la préface, Joseph O’Connor affirme : « Hugo Hamilton est le plus grand écrivain irlandais dont vous n’avez pas encore entendu parler. » Sur la 4e de couverture, Colum McCann prévient : « Attention, chef d’œuvre ».

Hugo est le fils d’une allemande meurtrie par le régime nazi et le fils d’un nationaliste irlandais qui a de grands projets pour son pays. Ce couple est encore plus bancal qu’on ne pourrait l’imaginer : la mère est d’une tolérance et d’une douceur extrême avec ses enfants, son mari est extravagant et d’une sévérité extrême avec ses enfants.

Les enfants, eux, sont écartelés entre deux cultures et deux éducations : irlandais en haut avec des pulls over de l’île d’Aran et allemand en bas avec des lederhosen. A la maison, les enfants doivent parler l’irlandais (gaélique) ou l’allemand, l’anglais est proscrit au point de recevoir des coups de baguette quand un « good morning » vous échappe.

Dehors, les enfants Hamitlon n’ont pas d’amis, se font traiter de nazis, reçoivent des coups. Leur mère leur apprend à dire « le non silencieux », la résistance passive face aux « gens du poing », les petites frappes du quartier. Leur père en fait des bons petits irlandais et se lance dans des projets fous, au-delà de toute raison dans les deux cas.

Cette autobiographie est ressentie encore plus durement qu’elle est racontée à travers les yeux d’un enfant : l’écriture simple et naïve, claire comme de l’eau de roche, nous narre l’horreur de la guerre et le calvaire vécu à la maison, sans fioritures et sans excès. Et nous révolte : comment ce père a-t-il pu oser faire subir ça à ses enfants ? Comment cette mère a-t-elle pu oser laisser subir ça à ses enfants ? Car soyons clair, les enfants subissent une véritable dictature à la maison, et le parallèle est assez saisissant avec l’histoire de la mère sous le régime nazi. Et pourtant les choses sont plus compliquées que cela : la mère tente de les protéger comme elle peut, le père les aime mais est aveuglé par sa volonté de rendre sa dignité à l’Irlande.

C’est un roman plein d’intelligence et de sensibilité, avec des scènes très fortes, comme lorsque le narrateur voit son père dans la rue mais fait semblant de ne pas le reconnaître. Sinon, il sera obligé de faire le trajet jusqu’à la maison avec lui, il sera obligé de parler en gaélique, et les autres sauront qu’il est différent, qu’il est « tacheté ». C’est d’ailleurs le titre original du roman Les gens tachetés, qui reflète mieux la tonalité du roman : « Nous dormons en allemand et nous rêvons en irlandais. Nous rions en irlandais et nous pleurons en allemand. Nous nous taisons en allemand et nous parlons en anglais. Nous sommes les gens tachetés. »

L'info en plus : Hugo Hamilton a donné une suite à Sang Impur, qui s'appelle Marin de Dublin

samedi 12 mars 2011

Vu et approuvé/ La maison du bout du monde

Livres

La maison du bout de monde,
Michael Cunningham

C’est peu de le dire que je suis mitigée à l’issu de ce roman, tant le livre semble coupé en deux.

La première partie se déroule dans l’Ohio où Jonathan fait la rencontre de Bobby, enfant qui a perdu sa mère et son frère, taciturne et toujours dans la lune. Alice, la mère de Jonathan, n’apprécie pas tellement cette rencontre mais adopte au fur et à mesure Bobby qui deviendra comme un fils. Bobby et Jonathan fument des joints dans leur chambre en écoutant Jimi Hendrix, et découvrent ensemble les premiers émois sexuels. Alice vient s’immiscer parfois dans leur chambre pour discuter et danser. Il ne se passe pas grand-chose dans cet étrange trio. Et pourtant, on entre pleinement et intimement dans l’histoire de ces deux garçons.

La deuxième partie voit émerger un autre trio bien moins sympathique et captivant que le premier. Comme si quelque chose s'était cassé entre nous, lecteur, et nos protagonistes. Car quelque chose s'est réellement cassé entre eux, lors du passage de l'adolescence à l'âge adulte. Jonathan part à New York où il devient un journaliste sans conviction, qui a un "sex friend" pour occuper ses nuits. Bobby qui habitait toujours chez les parents de Jonathan est contraint de s'en aller quand ils déménagent, et ne trouve mieux que de rejoindre Jonathan à New York. Pour compléter le trio, Clare est la colocataire, une femme haute en couleur qui veut une vie tapageuse, qui invente des histoires pour rendre sa vie plus douce. Ce ménage à trois veut vivre son rêve hippie, mais il semble qu’il soit déjà trop tard... ls auront beau s’installer près de Woodstock, c’est le temps des désillusions.

Autant j’ai trouvé la première partie captivante avec une sincérité et une vérité dans les personnages, autant la deuxième partie m’a semblé peu convaincante et moins évocatrice.

Lu et approuvé/A la bourre et sans un rond

Livres

A la bourre et sans un rond,
Terry McMillan

« C’est pas vous qui allez m’apprendre quelque chose que j’sais pas déjà. Rapport à mes enfants, en tout cas. Ils sont grands maintenant, mais par des tas d’côtés ils s’conduisent encore comme des mômes. » Ainsi parle Viola Price, mère de quatre enfants, qui à force de s’inquiéter pour sa portée, finit à l’hôpital à cause de ses crises d’asthme. Mais toute la famille a la parole : Cecil, le père qui fuit, Lewis, qui sort de prison, Paris, qui incarne la réussite, Charlotte, celle qui fonce, Janelle, celle qui se laisse mener par le bout du nez. Est-ce parce que Terry McMillan est sociologue de formation que son roman sonne si juste et universel, même si elle cible les rapports conflictuels d’une famille afro-américaine de la fin du XXe siècle ? En tout cas, son roman se lit d’une bouchée, tellement les personnages semblent réels. Ils sont enlisés dans leur routine, frappés par les aléas de la vie. Ils n’ont pas forcément le mode d’emploi et essayent de s’en sortir comme ils peuvent. Bref, on peut aisément s’identifier à eux, reconnaître nos travers ou ceux de nos proches. C’est un beau roman sur la famille, entre amour et haine, avec les rancoeurs qui vous sautent à la figure, le souvenirs qui affleurent à la surface, les incompréhensions qui s’amplifient avec le temps. Mais restent les liens du sang.

Lu et approuvé/Wilt 1

Livres

Wilt 1,
Tom Sharpe

Tom Sharpe est méchamment drôle dans Wilt 1, sous-titré « Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore ?». Henry Wilt, homme de 40 ans, souffre de la médiocrité de sa vie. Il doit enseigner la culture générale à des apprentis bouchers, gaziers, plombiers qui sabotent régulièrement ses cours, il affronte à la maison sa femme Eva qui se découvre une nouvelle passion tous les 48 heures et s’y plonge à corps perdus. Molesté par sa femme dès que la première occasion se présente, Henry Wilt échafaude des plans pour s’en débarrasser définitivement. Mais comment faire cet aveu à la police, le jour où l’on découvre au fond d’un trou le corps d’une femme coulée sous le béton et qu’Eva a disparu au cours d’une mystérieuse soirée ? Tom Sharpe écrit une fable à laquelle on se laisse prendre : après un début un peu poussif pour mettre tous les acteurs en place, le mécanisme d’une précision remarquable se met en branle et nous précipite dans un univers presque kafkaïen. Sauf que l’improbable sert ici une comédie loufoque, d’un humour noir et féroce, assortie d’une critique de la société. Et puisqu’il est rare de rire à la lecture d’un livre, on se réjouit de savoir qu’il existe trois autres aventures d’Henry Wilt.

Vu et approuvé/Les chemins de la liberté

Cinéma

Les chemins de la liberté,
Peter Weir

Peter Weir, réalisateur du Cercle des poètes disparus, signe avec les Chemins de la liberté, un film de belle facture. Le scénario est tiré d’une histoire vraie : une poignée d’hommes emprisonnés dans un goulag en Sibérie s’évadent le jour d’une tempête et vont parcourir plus de 10 000 km pour arriver jusqu’en Inde, pays de la liberté puisqu’il n’est pas sous le joug communiste.

Evidemment, les images sont d’une grande beauté comme le sont les paysages qui ne sont pas encore dénaturés par l’homme. Elles sont dures aussi car on ne traverse pas impunément des milieux hostiles, quasiment sans eaux et sans nourritures. On apprécie que Peter Weir n’en fasse pas trop : pas de gestes héroïques, pas de mélodrames faciles, pas de bavardages inutiles.Bien sûr, l’exploit accomplit – 10 000 km de la neige russe au désert de Gobi, de la muraille de Chine aux montagnes de l’Himalaya – pourrait leur conférer un statut de héros. Mais ce sont justes des survivants, et cette survie leur a trop coûté pour s’en réjouir.

Vu et approuvé/Face de cuillère

Théâtre

Face de cuillère,
Cie Mandarine Blanche

Face de cuillère, c’est une « petite gosse courageuse » et « née de travers » comme elle aime à le rappeler. Elle est autiste, incapable d’écrire et de lire, mais peut vous dire quel jour tombe le 23 février 2015 et a des facultés surprenantes pour vous raconter son quotidien. Et le sort s’acharne sur cette petite fille, frappée par un cancer incurable, touchée par la séparation de ses parents…

Ce scénario de Lee Hall, scénariste de Billy Elliot, est d’une force incroyable, jamais mièvre et mélodramatique, parfois drôle, toujours juste. L’enfant est une éponge qui retransmet les faits comme elle les a entendus, sans pudeur et sans fard : la pouf de papa, la vodka de maman, les fantômes des camps de concentration du Dr Bernstein, l’amour réconfortant de Mme Patate…

Laetitia Poulalion porte ce monologue sur ces épaules, entre voix enfantine et réflexion de sage, mouvements apaisés et gestuelles saccadées. La mise en scène d’Alain Batis, de la Cie La Mandarine Blanche, est dépouillée au maximum. Le décor est minimaliste: deux toiles blanches, deux fils de linge, deux tabourets. Mais entre ombre et lumière, les marionnettes déchirées dans le papier se mettent à danser et prennent vie. Et la passion dévorante de la petite fille, la musique d’opéra, lui permet de s’envoler vers un univers onirique, offrant de vrais moments de poésie.

Lu et approuvé/Retenir les bêtes

Livres

Retenir les bêtes,
Magnus Mills

Tam et Richie sont deux travailleurs écossais un peu bas de plafond : on pourrait les prendre pour deux adolescents attardés, ce sont en réalité des adultes privés d’horizons. Leur seule distraction ? Le pub, boire des pintes et mater du coin de l’oeil les femmes qu’ils n’osent pas aborder. Ils travaillent toute la journée à construire des enclos pour bestiaux, avec plus ou moins de sérieux. Lorsqu’ils doivent partir sur un chantier en Angleterre, leur patron leur adjoint un contremaître anglais, le narrateur, qui va essayer de surveiller ce duo inséparable.

C’est un monde presque sans parole avec des travailleurs qui fument plus qu’ils ne causent, qui n’expriment aucun désir si ce n’est charnel, qui ne voient pas plus loin que leur poteau à enfoncer dans le sol. Et quand un événement extraordinaire surgit comme la mort, les personnages la considèrent comme un problème de plus dans leur routine, comme un camion à décharger ou un outil à nettoyer. La vie semble n’avoir pas de prise sur eux ou n’avoir pas prise en eux.

Ce livre vaut pour son ambiance austère et rude, ses anti-héros qui peuplent les pubs britanniques et pour son dénouement si mystérieux. Tout est dans le non dit au point que l’on ait peur de ne pas avoir tout compris, ou au contraire d’avoir trop bien compris. Effrayant et déroutant.

L’info en plus : Ancien conducteur de bus, Magnus Mills a été finaliste du Booker Price en 1998 avec ce premier roman.

mercredi 22 septembre 2010

Lu et approuvé/Un monde sans fin

Un monde sans fin,
Ken Follett


Après le premier succès de sa fresque médiévale intitulée Les piliers de la terre, Ken Follett revient nous conter les aventures de la ville de Kingsbridge deux siècles plus tard, au XIVe siècle, dans Un monde sans fin. Ayant dévoré le premier tome, on se jette avidement sur le second, qui concerne les descendants de Tom le Bâtisseur et dame Aliena.

Une impression de déjà vu. On y retrouve les mêmes personnages, aux mêmes caractéristiques et tempéraments, comme si les chiens ne faisaient pas des chats. Et ils sont justement chiens ou chats, tous blancs ou tous noirs...Du côté des gentils, la bonté, la droiture, le génie de l'architecture coule dans le sang de Merthin. Nous retrouvons l'intelligence, l'indépendance, la rébellion sous les traits de Caris. Du côté des méchants, Ralph, l'écuyer ambitieux, n'est que cruauté, brutalité et amoralité. Godwin, le prieur conservateur, est un homme de conspiration et de trahison. Ils nourrissent de plus les mêmes ambitions : un charpentier qui rêve de construire une cathédrale, un écuyer qui rêve de devenir compte, une paysanne qui rêve de se libérer du joug de son seigneur, un moine qui veut devenir prieur...

Un seul élément nouveau. Et puisque les ingrédients ont fait une bonne recette (90 millions d'exemplaires pour les Piliers de la Terre), pourquoi en changer? Le décor est de fait le même : la ville de Kingsbridge, sa cathédrale et son prieuré, ses brigands dans la forêt, son comté de Shiring... Hormis une petite incursion en Normandie et Picardie où le roi Edouard III guerroie, il n'y a guère de dépaysement! Le seul protagoniste nouveau, et pas des moindres, est la peste qui va décimer la population, ravager les campagnes, et conduire les habitants à une vie de débauche.

La surenchère. La peste est un bon prétexte pour exploiter des scènes marquantes : agonies, flagellations, lubricité, etc. Ken Follett a semble-t-il voulu pimenter son roman avec des scènes de torture et de sexe. Aussi nous abreuve-t-il de détails sur la montée du désir et l'acte sexuel, qui sont en nombre suffisants, pour nous interroger sur sa démarche littéraire? A moins qu'elle ne soit commerciale?

Historique. Ken Follett nous distille tout au long de ses 1300 pages moult détails sur la vie au Moyen-Âge que ce soit dans un monastère, dans une ville ou dans les campagnes, ce qui en fait un ouvrage historique accessible à tous. Pédagogue, il nous explique intelligemment la construction d'un pont, d'une tour ou d'un hospice sans jamais nous lasser. Il nous montre bien les enjeux de pouvoir entre les moines et les marchands dans une ville administrée par un prieuré, mais aussi les relations que peuvent entretenir un seigneur avec ses baillis, ses paysans libérés, et ses serfs. Il nous enseigne également que le Moyen-Âge n'est pas si obscurantiste qu'on ne le dit, en évoquant les progrès ( métiers à tisser plus performants, stratégies militaires affinées, pratiques médicales améliorées, etc.)

Anachronisme. Ken Follett est écrivain et pas historien. Il prend donc des libertés avec l'Histoire. Aussi trouve-t-on un comportement pour le moins inusuel pour le XIVe siècle : une jeune fille qui pense comme une femme des années 1980. Elle refuse par exemple de se marier à l'homme qu'elle aime sous prétexte qu'elle veut rester libre! Elle prend des fonctions qui sont interdites aux femmes comme la médecine. Je ne suis pas historienne mais étant donnée que la femme n'a acquis le droit de vote que depuis 1945 et qu'elle court toujours après la parité en France, il me semble que la femme décrit par Follett n'aurait pu réellement exister. Et ça, c'est toujours embêtant pour un lecteur de ne pouvoir d'identifier ou du moins croire à la réalité d'un personnage.

Des intrigues foisonnantes. Malgré ces défauts, Follett est assurément le roi des rebondissements. Chaque action ou décision des personnages est exploitée dans le cours du roman pour contrecarrer les projets des protagonistes. Les multiples intrigues s'entrecroisent sans cesse pour susciter toujours un peu plus notre curiosité et ne faiblissent jamais sur le long cours. Sauf pour l'intrigue principale tout de même - une lettre cachée sur les volontés du roi - présentée comme une révélation tonitruante et qui n'est qu'un artifice très décevant. Autre bémol, Ken Follett a la fâcheuse tendance de nous rappeler le fil de l'histoire, comme si nous l'avions oublié en cours de route, ce qui peut agacer les lecteurs les plus attentifs et assidus.

En résumé. Malgré de nombreux défauts apparents (personnages identiques au premier volet, surenchère dans le sexe et le sang), ce roman est captivant et nous tient en haleine sur 1300 pages ce qui n'est pas une mince affaire. Il nous explique clairement la vie et les moeurs au Moyen-Âge de manière très pédagogique. Un peu trop clairement pour certains qui pourraient être rebutés par un style simple, voire plat. Pour les lecteurs qui recherchent une plume, mieux vaut passer son chemin car Follett n'est pas de ce bois.

mercredi 21 juillet 2010

Lu et approuvé/L'orgie

L'Orgie,
John Fante


L'orgie ou comment offrir une mine en cadeau à un poseur de brique se transforme en ivresse et orgie le jour du Seigneur? John Fante n'a pas son pareil pour nous raconter une petite histoire pleine d'ironie et de cynisme. Histoire encore plus détonnante quand on sait qu'elle est racontée par le fils du poseur de brique, âgé d'une dizaine d'années. C'est un coup à vous faire perdre votre candeur et sans doute John Fante l'a perdue très tôt.



Suivi de 1933 fut une mauvaise année


Il suffit de lire les titres de 1933 fut une mauvaise année pour comprendre le ton de ce court roman :

Première partie : Les Joies du Poseur de Briques.
Deuxième partie : Un Métier Exaltant : Le Commerce du Bois.
Troisième partie : Comment Laisser Votre Père Bousiller Votre Vie.
Quatrième partie : Ci-Gît Dominic Molise, Fils Obéissant.

Dominic Molise est un fils d'immigré italien. Son père est poseur de brique et joueur de cartes, sa mère accepte avec fatalité son sort de pauvre mama au foyer, sa grand-mère croyante et acariâtre voit partout le démon dans la modernité de l'Amérique...
Dominic a un ami, Kenny, qui vient d'un milieu social plus favorisé, et s'amourache de sa soeur à qui il tentera de voler maladroitement une petite culotte...Dominic a aussi un bras, "le bras", celui qui lance la balle de base-ball avec force et qui lui permettra un jour d'intégrer un grand club, il en est sûr... Mais son père a d'autres plans pour lui : poser des briques puis se lancer dans le commerce du bois. Elle est pas belle la vie? Amour, amitié, intégrité, trahison, désenchantement...toutes les recettes d'un grand roman dans un court.

Lu et approuvé/ La vallée de la peur

La Vallée de la peur,
Conan Doyle



Etant une lectrice férue des Sherlock Holmes lorsque j'avais 12 ans, je me suis demandée l'effet que cela me ferait de me replonger dans les aventures du célèbre détective privé 15 ans après. Je l'y retrouve comme dans mon souvenir : dans sa robe de chambre, confortablement installé dans son fauteuil, devisant avec ce cher Watson qui met toujours autant de temps à comprendre où il veut en venir...

Aujourd'hui, je trouve les ficelles un peu grosses tant les déductions de Holmes me paraissent plutôt tenir de la voyance que de l'intuition. Mais je trouve aussi un charme désuet dans cette enquête et ces personnages forcèment hors-du-temps (pas de police scientifique, de médecin légiste...). Mais il reste l'essentiel : des rebondissements, du suspens!

Ce roman est fort intéressant car on a le droit a deux histoires pour le prix d'une. Tout d'abord, l'enquête sur le meurtre d'un certain Douglas, dans la campagne profonde anglaise, qui est retrouvé mort la tête éclatée par un tir de Winchester. Il a un curieux tatouage sur le bras et il lui manque son alliance...

Puis, une fois ce meurtre élucidé, nous partons sur les traces du passé de ce Douglas, qui se présentait sous le nom de Mc Cludo dans la Vallée de la peur, dans une Amérique sans foi ni loi. Conan Doyle n'a vraissemblablement pas peur des clichés, décrivant une ambiance de western avec des mines et des tavernes, mais aussi une ambiance de gangster avec des assassinats en pagaille. Le tout, sur fond de franc-maconnerie.

Evidemment, le lecteur s'amusera à chercher le lien entre les deux histoires et surtout le but recherché par Conan Doyle. Bien malin celui qui trouvera la solution car l'auteur s'amuse à nous mener en bateau.

mardi 6 juillet 2010

Lu et approuvé/L'education européenne

Education européenne,
Romain Gary



En 1942, en Pologne, un médecin cache son fils Janek dans la forêt avec une ration de pomme de terre pour survivre. Au bout de quelques jours, Janek est obligé de sortir de son trou et découvre alors que la forêt est pleine de vie et surtout de "partisans" qui luttent contre l'ennemi allemand. Il n'est plus seul mais a toujours aussi froid, aussi faim et aussi peur. Il découvre ce qu'est la fraternité, la solidarité mais aussi la folie. Il trouve refuge dans l'art et dans l'amour, qui atténue un peu la noirceur et la cruauté de la guerre.



Romain Gary brosse des portraits réalistes, tout en nuance, que ce soit du côté des tortionnaires, des victimes, des collaborateurs, des soldats, des résistants, des habitants indifférents, des habitants zélés, des pauvres types, des personnages légendaires...Les méchants peuvent se transformer en gentils et les gentils en méchants, sans que cela soit aussi simple que je viens de l'énoncer. Rien n'est gratuit et facile dans ce roman, tout est admirablement pensé.



Et puis, il y a ce souffle humanisme qui parcourt tout ce roman, notamment avec la prose de Dobranski, étudiant communiste et idéaliste qui a foi dans un avenir meilleur et qui rêve que tous les peuples se rassemblent après cette tragédie... Ainsi, l'éducation européenne se fait dans la douleur mais comme dirait Dobranski "Les Allemands nous auront au moins donné ça!" Donner quoi? L'Union européenne par exemple.

Lu et mitigé/Zoli

Zoli
Colum McCann



J'aime beaucoup d'ordinaire les romans de Colum McCann, considéré comme l'un des meilleurs auteurs de sa génération. D'ordinaire, l'écriture y est riche et limpide...D'ordinaire, on vit son récit comme si on y était...D'ordinaire, les personnages complexes et fragiles sont passionnants. Mais l'extraordinaire se produisit : j'ai presque trouvé fastidieux de lire ce roman.

Pourtant le sujet est fort intéressant : pensez donc, Zoli, est une tzigane marquée dès sa naissance par l'originalité puisqu'on lui donne un nom d'homme, son grand-père lui apprend à lire et à écrire contre toutes les règles de la communauté...Zoli écrit et chante les poèmes des siens, et représente la femme libre et insaissisable. Mais, prise entre les traditions des tsiganes, et le mépris de la société envers sa communauté, elle ne peut vivre sa vie comme elle l'entend. Elle épouse d'ailleurs un homme qu'elle n'aime pas mais fricote avec un Anglais qui veut publier ses poèmes.

Pour tout vous dire, je n'aime pas le personnage de Zoli. On dirait qu'elle fait exprès de refuser un bonheur à portée de main. On a donc envie de lui dire : "Qu'est-ce que tu veux, bordel?" comme à une copine chiante qui ne cesserait de se plaindre. Etre une femme au milieu du XXe siècle en Slovaquie, qui plus est une tzigane répudiée par les siens, est une situation difficile à vivre...Mais la facilité et l'apathie avec laquelle elle accepte son sort a de quoi surprendre pour une femme qui est cencée être libre et rebelle comme Zoli...Trop de contradictions rendraient-elles le personnage pas assez authentique, pas assez incarnée?

samedi 3 juillet 2010

Vu et approuvé/Os Mutantes

Os Mutantes



La communauté brésilienne s'est déplacée en masse pour voir Os Mutantes au Cabaret Sauvage, pour ce qui semble être un groupe culte dans leur pays. Formé en 1966, Os Mutantes sont un peu trop facilement surnommés les "Beatles brésiliens". C'est vrai que l'on retrouve la pop du quatuor de Liverpool dans leur musique, notamment dans les harmonies vocales, mais qui peut prétendre atteindre la perfection des Beatles?

Personne et certainement pas Os Mutantes - qui ne revendiquent d'ailleurs peut-être pas ce titre -tellement leur musique est foutraque. Ne nous méprenons pas, elle est délicieusement foutraque, mélangeant des rythmes brésiliens, du rock psychédélique, de super solo de guitare, de la pop pur jus et du rock progressif.

Mais ils alternent le meilleur et le pire. Le meilleur d'abord : le groupe compterait quelques fans célèbres (Kurt Cobain, Beck, David Byrne...) Plusieurs mélodies du 1er album intitulé Os Mutantes me font penser au Violent femme, ma découverte miraculeuse de l'année 2010 (bien qu'il soit né en 1980). A vrai dire, c'est ce premier album fantastique qui m'a donné envie de les voir.Mais trop de ces chansons ont été vidées de leur côté underground et indé (peut-être à cause du changement des membres du groupe).

Le pire maintenant. On peut déjà noter leur drôle d'attirail, puisqu'ils arboraient de longues toges qui nous font penser à des troubadours du Moyen-Âge ou à des gourous d'une secte. Et musicalement, une mélodie m'a même mis sur la piste d'Annie Cordy et de sa bonne du curée, c'est dire l'infamie! Il serait en cela les dignes précurseurs de Abba ou de Sissor Sisters pour qui le kitsch, voire le mauvais goût, est une marque de fabrique.

Mais ceci fut vite oublié par un naturel, un charme, une gaité, un humour très plaisant. Une expérience inédite en somme!

Lu et mitigé/Quelqu'un d'autre

Quelqu'un d'autre,
Tonino Benacquista


Une partie de tennis entre deux inconnus peut mener loin : jusqu'à un changement radical de leur vie. Tel est le point de départ de Quelqu'un d'autre : Nicolas Gredzinski et Thierry Blin, après avoir un peu trop picolé après une partie de tennis, font le pari de changer leur vie et se donnent ainsi rendez-vous dans trois ans.

Thierry Blin décide de faire table rase du passé et de son visage, allant jusqu'à faire de la chirurgie esthétique pour disparaître de ce bas monde...Il quitte métier et compagne, pour renaître sous une autre identité, devenant le détective privé qu'il a toujours voulu être.

Nicolas Gredzinski n'a nullement l'intention de suivre ce pari, mais c'est sans compter sur l'effet délicieux que la vodka a eu sur lui, révélant le personnage qu'il a toujours rêvé d'être : sûr de lui, entreprenant, intraitable dans les affaires...Il deviendra même très riche en inventant un "leurre à bière" qui consiste à dissimuler sa canette de bière sous une canette de soda.

L'idée de départ un peu farfelu est séduisante, le scénario est bien ficelé, mais ressemble à une comédie légère. Il manque un je-ne-sais-quoi pour apporter un grain de folie supplémentaire ou au contraire pour nourrir un peu plus notre réflexion.

Il se pourrait qu'à force de lire des livres vraiment originaux, loufoques ou trash -parfois les trois en même temps, certains récits m'apparaissent du coup plus fades. Il se pourrait aussi que la lecture de ce livre, casé entre l'excellent Baron perché d'Italo Calvino et le non moins excellent L'oeil le plus bleu de Toni Morisson, ne résiste pas à la comparaison...

vendredi 4 juin 2010

Vu et approuvé/Jeffrey Lewis

Jeffrey Lewis,
au Glazart


Au départ, ce devait être un concert d'un "supergroupe", the Bundles, formé par Jeffrey Lewis et Kimya Dawson. Mais Kimya (ex Moldy Peaches) n'est pas venue et l'on ne sait pas pourquoi et l'on s'interroge (extinction de voix? excès de grenadine?) Du coup, c'est le frère de Lewis, Jack de son prénom, qui l'a remplacée : heureusement, lui aussi joue de la guitare et chante.

Un supergroupe, c'est un groupe composé de stars comme The Dead Weather avec le mec des Whites Stripes, la nana des Kills, un autre mec des Queens of the stone age, et puis un autre mec des Raconteurs. Et les Raconteurs aussi forment un "supergroupe" mais je m'égare...

Il y a une certaine ironie à se revendiquer "supergroupe" quand on s'appelle Jeffrey Lewis, car l'on appartient alors à un courant musical appelé anti-folk : comme son nom l'indique, c'est le contraire du folk mais ça y ressemble quand même un peu sinon on l'aurait pas mis dans le nom...Allez, je vous aide parce que je sens bien que vous êtes perdu : l'anti-folk reprend l'engagement du folk des années 60s quand les gens croyaient encore qu'une chanson pouvait changer le monde (Souvenez-vous des chansons engagées de Bob Dylan) sauf qu'il rajoute une bonne dose d'autodérision, d'authenticité, de naïveté même... Enfin, ce que je voulais dire c'est que Jeffrey Lewis et ses acolytes sont loin d'être des stars, il y a même très peu de monde pour venir les applaudir au Glazart.


Ces gens-là, en tant que descendants des très peu fréquentables punk, ils aiment bien prendre des drogues, comme le suggère le nom du premier album de Jeffrey Lewis : The last time I did acid I went insane...Et puis comme ce sont des gens qui aiment l'autodérision et l'humour décalé, on rigole à leurs concerts comme avec une bande de potes...Ils ne font pas de manière avec nous : Adam Green avait roulé une pelle à un jeune homme monté sur la scène, Jeffrey Lewis va vendre ses disques à 5 euros avant et après les concerts en buvant sa pinte...Point de prétention ici!
Et pour le concert alors ? Cela fut malheureusement vite expédié mais fut un condensé d'exaltation sauvage. Les anti-folkeux ont un sens de la mélodie imparable, avec généralement une rythmique basse-batterie incroyablement accrocheuse, qu'ils s'amusent à massacrer de leur voix faussement fluette, faussement cassée et que sais-je encore? Que n'iraient-ils pas inventer pour se démarquer des musiciens vendus à la pop et rester droit dans leurs bottes indie ? Mais oui, que feraient-ils ? Et bien, ils iraient déclamer des vers comme dans une prière adressée au dieu anti-folk, au hasard Daniel Johnston, en tournant les pages d'une bande dessinée qu'ils auraient confectionnée sur l'histoire et la décadence de la Rome antique, tel des prêtres nous contant les péripéties survenues dans les Evangiles. Amen...euh...Fuck off!

Lu et mitigé/Avec les pires intentions


Avec les pires intentions,
Alessandro Piperno


Aïe ! Encore une quatrième de couverture qui nous survend ce premier roman d’Alessandro Piperno en le décrivant comme « iconoclaste, provocateur, politiquement incorrect ». Certes, le romancier ne manque pas de talent mais ne mérite peut-être pas tous ces qualificatifs. J’ai bien aimé la galerie de portraits des Sonnino, une famille juive romaine et bourgeoise. Il y a Bepy, le patriarche flamboyant, qui a dilapidé toute la fortune familiale et qui a fait de nombreuses infidélités à sa femme, Teo, le fis cadet un peu trop porté sur la religion selon son père et qui part vivre en Israël, Luca, l’autre fils, albinos qui aime les affaires, les grosses voitures et les grandes marques…Il y a surtout Daniel, le petit-fils, narrateur de ce roman, adolescent terne et collectionneur de petite culotte…Mais une fois les portraits brossés – et certains passages sont redondants ce qui lassent à la fin- l’histoire vire à un scénario de la Boum légèrement érotisée qui pourrait s’intituler : Comment conquérir une fille que j’aime mais qui ne me voit que comme un bon copain ? Mmm, c’est tout de suite moins passionnant…


Une fois n’est pas coutume, voici une critique d’
Anne-Cécile Staman, une journaliste de Chronicart qui résume bien le roman :
"Indéniablement, Piperno a un sens aigu de la formule. Hélas, le brio clinquant s'accommode mal de la longueur, d'autant que la seconde partie du roman vire au mélo ironique. Le narrateur noircit des pages à raconter les historiettes d'une jeunesse aussi dorée que médiocre, et nous émoustille en retardant sans cesse la révélation du trauma post-pubère responsable de son naufrage annoncé. Alors on s'accroche, courageusement, dans l'espoir ultime de ressentir une bouffée d'empathie pour notre malheureux adolescent attardé. La déception n'en est que plus cruelle : en lieu et place d'une scène croustillante, il faudra se contenter d'un final à l'érotisme gentiment convenu. Avis aux amateurs de petite culotte et autre touche-pipi."
Retrouvez la chronique complète sur www.chronicart.com/livres/chronique.php?id=9901

dimanche 30 mai 2010

Lu et mitigé/Une folle passion

Une folle passion,
Angela Huth
Avec un titre pareil, Une folle passion, on peut s'attendre à un roman à l'eau de rose...Et effectivement, on a une bonne dose de romantisme et de naïveté, contrebalancée par une histoire de harcèlement et par de grossiers personnages. Viola est une jeune femme anglaise, belle et intelligente, qui ne fait rien de particulier de sa vie, mais qui vit bien néanmoins , éperdumment amoureuse de Richard le docteur...
Viola est tellement belle et insaississable que Harry Antlers, metteur en scène américain, tombe éperdumment amoureux d'elle et sera capable de tout (et du pire) pour l'impressionner. Les aspects positifs de ce roman serait une intrigue et une écriture facile à lire, même si l'auteur s'égare parfois dans la description de la garde-robe de la jeune femme ou dans la décoration de sa maison (merde, on n'est pas dans un magazine féminin!)
Je reprocherai à ce roman une histoire trop pleine de bons sentiments, avec des seconds rôles sans consistances, qui ne sont que des marionnettes pour l'auteur...qui visiblement avait envie de belles histoires d'amour qui finissent bien. Du coup, les personnages comme les situations ne semblent pas très réalistes ou très idéalisées. Enfin, ça vaut bien un Anna Galvada.