vendredi 10 octobre 2008

Lu et approuvé/ Tar Baby

Tar Baby,

Toni Morrison

A l'origine, tar baby est une poupée de goudron et de térébenthine qui piège un lapin dans un conte folklorique afro-américain, publié à la fin du XIXe siècle. On a bien eu droit à notre poupée de cire et de son!
Tar baby est devenue une expression qui désigne une situation inextricable, aggravée par le contact, qui se résoud par une séparation. Souvenez-vous en à la conclusion de ce livre, le quatrième de Toni Morisson, écrivain afro-américaine qui a reçu le prix nobel de littérature et le prix Pulitzer.
Valerian est un vieux milliardaire retiré du monde, Margaret est son épouse fêlée, et Ondine et Sydney ses deux serviteurs noirs. Deux mots qui appellent déjà des questions : rapport entre riches et pauvres, blancs et noirs... surtout que l'histoire se déroule sur l'Isle des Chevaliers dans les Antilles françaises.
Jadine, la fille que Ondine et Syndey n'ont jamais eu et que Valérian a aidé pour financer ses études, trouve refuge chez ses protecteurs. Mais l'intrusion d'un vagabond noir fascinant démontre que son petit monde secure peut voler en éclat...
Toni Morrison dépose par petites touches les strates d'une peinture d'une communauté noire en transition : Jadine incarne une jeune femme ambitieuse qui veut dépasser son statut de femme et de noire, et donc se battre contre les préjugés des blancs mais aussi des noirs. Mais l'écrivain dépeint surtout une histoire d'amour intense et compliquée entre deux êtres que rien ne prédestinait à se rencontrer. Et pour corser le tout, Toni Morisson saupoudre ce roman de quelques croyances populaires, d'épisodes irrationnels, comme pour élever ce roman au rang de mythe.

L'info en plus : Un écrivain mettant en lumière la misère des Noirs aux Etats-Unis depuis le début du siècle et qui la décrit souvent à travers des héroïnes est forcèment quelqu'un d'engagé. On ne s'étonnera pas que Toni Morrison supporte Barack Obama à l'élection présidentielle américaine. Plus surprenants sont ses propos tenus à propos de l'ancien président démocrate Bill Clinton qu'elle qualifia de "premier President noir américain" à cause de son origine sociale et de ses goûts.

dimanche 14 septembre 2008

Vu et approuvé/ Babyshambles

Babyshambles


Il était là, en chair et en os, pâle comme la mort mais bien là : Pete Doherty et ses Babyshambles étaient à la fête de l'Humanité. Programmé par deux fois au grand Rex en solo acoustique, Pete Doherty avait annulé ses deux concerts, la première fois parce que Monsieur n'avait pas respecté sa liberté conditionnelle et devait passer par la case prison, la deuxième parce que l'Eurostar avait pris tellement de retard qu'il est entré en gare de Paris nord à 2 heures du matin...
Jusqu'à la dernière minute, ses fans y croyaient à peine, craignant un coup à la Amy Winehouse à Rock-en-Seine... Mais Pete Doherty entre en scène, après ses petits camarades et deux danseuses parasites. Des vagues adolescentes se bousculent pour voir de plus près leur "Petouuuuuuuuuuuu" et chaque geste de celui qui semble considéré comme le messie récoltent selon la formule consacrée des tonnerres d'applaudissements. Pendant que les hystériques de moins de 16 ans s'époumonnent, on essaye de profiter des morceaux géniaux de Pete Doherty, un peu moins proprets que sur l'album...Pour prouver, si besoin en était, que Pete Doherty est un vrai artiste à la sensibilité punk, et pas un produit marketing pour ados en manque...de héros.
Les vocalises et les gratouilles de l'artiste sont parfois limites mais Pete Doherty n'est pas du genre à vouloir à être le premier de la classe (pas comme Roger Hodgson, des Supertramp, qui passe derrière lui, sorte d'André Rieu du synthé qui nous fait toujours pas diriger les années 80).
Concernant la set list, les nostalgiques des Libertines regretteront que ne soient plus joués les petits bijoux que sont "Boys in the band", "Up the bracket" ou "the man who would be king" mais les Babyshambles peuvent s'ennorgueillir aussi de quelques trouvailles. Du dernier album, on ne trouvera guère que "Delivery" alors que "you talk" et l'excellent 'There she goes" passent à la trappe. Un petit "pipe down" pour dynamiser la foule et le set se finit logiquement sur "Fuck forever"!

dimanche 7 septembre 2008

Lu et approuvé/ Les rescapés du Styx

Les Rescapés du Styx

Jane Urquhart

Malgré les apparences, les Rescapés du Styx n’est pas un livre sur des personnes ayant échappé de peu à la mort et livrés à eux-mêmes. Ce sont des naufragés du cœur qui dévoilent devant nos yeux leurs passés et leurs souffrances.
Andrew meurt dans une tempête de neige sur une île au nord du Canada, une terre abandonnée tant les conditions climatiques sont déplorables. Il est retrouvé prisonnier dans un bloc de glace, par Jérôme, un artiste venu s’isoler pour créer une œuvre. Sylvia que tout le monde croit psychologiquement fragile échappe à la surveillance de son mari et retrouve ce Jérôme un an plus tard pour lui parler de son amant Andrew.
De là, Jane Urquarht retrace le riche passé de la famille du défunt et revient un siècle en arrière quand les arbres peuplaient encore l’île, des arbres sacrifiés pour l’industrie du bois. Elle nous interroge sur la cupidité des entrepreneurs qui tente de dominer la nature et sur tous ces changements irréparables que l’homme a provoqués. En somme, le progrès est-il source de bonheur ?
En un sens, ce livre est plein de bons sentiments, peut-être un peu trop. Les personnages, en fouillant au plus profond d’eux-mêmes, ouvrent leurs cœurs et retrouvent des souvenirs enfouis ce qui donne un côté « analyse avec mon psy ». Et devinez quoi ? Ils se libérent de leurs démons... Happy end.

mercredi 20 août 2008

Vu et desapprouvé/ Gomorra

Gomorra,

Matteo Garrone

L'Italie que donne à voir et à entendre Matteo Garrone est loin de tous les clichés : la ville y est laide et sombre; la langue n'y est pas chantante mais chuintante. On est dans l'univers de la Camorra, sans artifices et sans anjoliveurs. C'est froid comme un documentaire avec ses visages anonymes, ses parcours croisés et similaires car quinconque approche de loin ou de près à la mafia en paye le prix. Mais on perd le fil dans ce film pas très structuré qui passe d'un endroit à un autre, d'un visage à un autre, sans but précis si n'est montrer la violence et la cruauté de la pieuvre qui tisse sa toile dans tous les strates de la société et dans tous les domaines (trafic de drogues, contrefaçons textiles, enfouissement de déchets toxiques).
Evidemment, certaines histoires sortent du lot comme ces deux adolescents qui jouent à la guerre et se prennent pour des héros de films. Le plus emblématique est sans doute le gamin d'une douzaine d'année, livreur de course, qui va se trouver emmailloter dans les filets des mafieux sans possibilité d'y réchapper. C'est assez inégal et ça manque de rythme, du coup ça m'a paru bien long, même que j'ai failli m'endormir!


L'info en plus : Ce film est tiré d'une enquête menée par Roberto Saviano dans un livre intitulé Gomorra, sur cette structure criminelle qu'est la Comorra et qui est établit à Naples et dans la région de Campanie. Ii vit depuis sous protection judicière.

Vu et approuvé/ Wall E

Wall E,

Andrew Stanton

Les studios Pixar réalisent un tour de force avec ce Wall E : nous tenir en haleine pendant plus d'une heure avec un film d'animation quasiment muet. Si ce n'est de robotiques feulements "Wall EEEEEEEEEE" qui ne sont pas sans nous rappeler un certain "E.TTTTTTTTTTTTTTT". Wall E est un robot chargé de compacter et nettoyer les déchets accumulés pendant des siècles sur la terre; ses habitants ont quitté depuis 700 cette décharge à ciel ouvert pour se réfugier dans un vaisseau spatial qui ressemble à une prison dorée pour obèses. Les travers de notre époque sont ainsi épinglés, sans un ton moralisateur pour autant.
Wall E collecte les objets les plus insensés, comme une vidéo de film romantique qui le fait rêver du grand amour. Et il finit par trouver celle qui fait battre son coeur, ou plutôt ses rouages mécaniques, avec EVE en mission sur la terre. Mais c'est que ça pourrait nous faire des générations de fleurs bleues des films comme ça!

Vu et aprouvé/ Le chevalier noir (Batman)

Le chevalier noir,

Christopher Nolan



Le justicier de Gotham city, aidé par le lieutenant de police Jim Gordon et le procureur Harvey Dent, porte un grand coup contre la pègre de la ville. Mais l'estocade fatale est repoussée parce qu'un adversaire hors du commun a décidé de s'amuser un peu : le joker, dérangeant au possible, incarné par Heith Ledger, décédé cette année. Il n'a aucune morale et aucune règle, ce qui lui confère un avantage certain sur Batman qui ne supporte plus de voir des gens mourir parce qu'il refuse de se démasquer et sur le procureur, ce chevalier blanc au teint bon chic bon genre qui incarne la droiture. Nos héros sont tous pris un peu de la schizophrénie du joker et ont une personnalité trouble et double qui en font un film d'action un peu plus pertinent que les autres. Mais Hollywood reste accroché à ces codes : ainsi le bien est-il représenté par la beauté carrée du procureur et la laideur par le maquillage grotesque du joker. Si l'on précise que le beau chevalier blanc fini défiguré, vous devinerez que son intégrité a pris un sérieux coup dans l'aile. Pour le reste, c'est du grand spectacle avec effets spéciaux et sons coup de poing.
L'info en plus : Heith Ledger, Joker aussi fascinant que Jack Nicholson, est mort en janvier 2008 après une overdose de médicaments à l'âge de 28 ans. Certains se prennent à rêver d'un Oscar à titre posthume, lui qui avait déjà été nominé dans la catégorie des meilleurs acteurs pour son rôle dans Brockeback Mountain. En 1976, Peter Fincen décédé quelques mois avant la cérémonie avait remporté l'Oscar pour Network, main basse sur la télévision.

Lu et approuvé / Frankie Addams



Frankie Addams

Carson McCullers

Frankie ne fait pas partie de la fameuse famille Addams qui aime faire mal aux autres et à elle-même. Quoique... Frankie lance des couteaux à la face de sa gouvernante, casse la tête d'un soldat en permanence et casse les pieds à son entourage en général. Et la principale raison à cela est que Frankie a 12 ans et qu'elle pousse aussi vite qu'une asperge : elle est en pleine crise d'adolescence, celle qui mêle encore jeux de l'enfance, peur de l'avenir, questions existencielles et incompréhensions face à ce déroutant changement.
Dès le début du roman, dans la chaleur de l'été, dans la moiteur d'une cuisine, on étouffe d'ennui et on flaire le drame. Frankie qui ne fait partie d'aucun club et qui n'a plus d'amies passe ses vacances avec Bérénice, sa gouvernante, et John Henry, son petit cousin. Elle rêve de soldats qui voyagent et qui se battent pour libérer l'Europe. Elle rêve de son frère basé en Alaska et imagine la neige qu'elle n'a jamais vue. Elle s'accroche au mirage du mariage de son frère pour s'évader de sa routine et s'imaginer une autre vie... Mais comme le dit si bien la sage Bérénice, on est tous prisonnier de soi. On a beau changer de prénom, de coupe de cheveu, on n'efface pas sa personnalité dans un claquement de doigt. Et la catastrophe que l'on pressentait depuis le début arrivera mais, Carson McCullers en écrivain se jouant du sort, pas comme on l'avait prévu.


L'info en plus : Claude Miller a librement adapté ce roman de Carson McCullers dans son film L'éffronté où Charlotte Gainsbourg tenait le rôle principal en 1985.