mardi 9 mars 2010

Vu et approuvé/Adam Green


Adam Green


Il est des concerts qui vous sautent à la gorge, qui vous prennent aux tripes, qui vous hérisseraient tant de poils qu’ils vous feraient ressembler à un chimpanzé électrifié. Et je ne dis pas ça pour les sauts de cabris et les cris gutturaux observés lors du concert d’Adam Green à l’Alhambra. Déboulant sur scène telle une rock star avec son blouson en cuir clouté et ses cheveux longs en bataille, l’ancien chanteur des Moldy Peaches transforme ses douces mélodies de crooner en chansons brute de rock. Il transcende la salle de sa voix grave et sublime, de son humour décalé et absurde. Surtout, en forme comme jamais, il transmet son énergie punk à un public ravi de le voir débouler au-dessus de sa tête, jusqu’à ce qu’il en perde son ceinturon ! Le vaillant jeune homme qui le retrouva eu droit à une danse pour récompense et une belle galoche par-dessus le marché. Comme la majorité des gens du premier rang qui ont eu tout le loisir de lui hachurer le corps de leurs ongles. Adam Green semble s’être follement amusé : il a dansé comme une midinette allumeuse, a sauté comme un lapin, a marché comme un Egyptien…Il a démontré, en solo comme avec son formidable groupe, une aisance et un sens de la mélodie rare. Il a juste massacré son final Jessica en laissant le public beugler dans le micro et en entonnant une bribe de I’ll do it for you de Brian Adams…Il nous sera revenu lors du rappel en boxeur balançant des uppercuts dans le vide comme un damné. On aurait voulu jamais le quitter !

vendredi 26 février 2010

Vu et approuvé/Kasabian & Vampire Weekend


Où est passé le temps où l’on pouvait voir en première partie de concert des groupes prometteurs comme The Coral, Kaiser Chiefs ou les Foals ? Mais oui, qu'est-t-il advenu de ces premières parties où le palais et l’oreille encore sec, nous étions secoué d’entrée de jeu par la fougue et/ou la virtuosité d’un groupe encore inconnu dans les rayons des disquaires ? Ce qui ressemble à un discours de vieux con n’est en réalité qu’une déception immense face à des formations qui ne devraient jamais sortir de l’ombre…

SOS, voilà Fan Death

Premier exemple, celui de Fan Death avant la prestation de Vampire Weekend à l’Olympia. Ce groupe pioche allègrement ses références dans ce que les années 80 a de plus mauvais et nous gratifie même d’un violon pour le côté folklorique, faisant encore pire que ce jouait les Corrs dans les années 90…C’est dire ! Pour masquer ce massacre musical, la chanteuse a donc mis une robe très courte à frou-frou et fait des moulinets avec ses bras, sorte de Véronique sans Davina et sans douche à poil à la fin!Mais nous comble avec deux roues successives : ça tombe bien, j’avais justement envie de voir un pathétique cours de gymnastique…

Control, pâle copie des Kills

Deuxième exemple, celui de Control, en 1re partie de Kasabian, toujours à l’Olympia. Une formation française composée d’un homme et d’une femme, qui pique un peu tous les codes aux Kills, sauf le talent…Et comme ils ne font pas illusion longtemps sur scène, Mme a tout prévu, un strip tease tendance long effeuillage : après avoir retiré sa cape dont on se demande à quoi ça peut bien lui servir, voilà qu’elle retire sa veste sans T-shirt en dessous. Heureusement qu’elle avait pensé à rembourrer son soutien-gorge et qu’elle a des cheveux long et ébouriffées pour pouvoir passer ses mains dedans à l’envie…Si j’avais su, j’aurais regardé un feuilleton pseudo érotique sur M6.


Vive Vampire Weekend

Heureusement que les têtes d’affiches assurent ! Les Américains de Vampire Weekend en deux petits albums ont séduit tous les amateurs de rock assez ouverts pour écouter des sons venant ailleurs que des Etats-Unis ou d’Angleterre…En l’occurrence, l’Afrique, avec des percussions très insistantes et entêtantes qui correspondent parfaitement au sol rebondissant de l’Olympia. Ces étudiants surdoués savent régurgiter dans leur musique des tas d’influences et s’amusent à les télescoper, prenant à contre-pieds les danseurs qui ont le rythme dans la peau… Avec les Vampire Weekend, veux mieux être destructuré et affûté pour suivre la cadence infernale. Ils arrivent cependant à nous faire oublier combien leur musique est étudiée et intelligente, pour ne laisser qu’apparaître le « beat ». Le public ne s’y trompe pas, et les applaudit à tout rompre !


Kasabian, so english?


Kasabian est un peu le contraire : ethno et égocentrique, revendiquant leur citoyenneté anglaise en lançant très officiellement le maillot de foot de leur équipe nationale pour la Coupe du monde lors de leur concert à l’Olympia. Sauf que ce maillot moulant ne convient guère à un rockeur buveur de bière plus près du Bidochon que du David Beckham. Mais Kasabian a dès ses débuts montré quand même une certaine ouverture, avec un net penchant pour l’électro. Depuis, ils piochent ci et là des instruments (trompette, violon, tambourin…) qui donnent plus d’ampleur à leur musique et leur donne un visage plus cosmopolite. Ils ont aussi une facilité à écrire des tubes fédérateurs, qui peut pousser à la ferveur un public apathique. A la limite de la musique de hooligan en live, mais comme c’est bon parfois d’être décérébré !

vendredi 5 février 2010

Lu et approuvé/Délivrance

Délivrance,
James Dickey


Attention : une fois ce livre ouvert, vous aurez dû mal à le refermer…tant le suspens se maintient à chaque page. Aux Etats-Unis, la construction d’un barrage va inonder une rivière et un paysage encore sauvage. Quatre amis décident de la descendre en canoë pour profiter une dernière fois du spectacle de la nature. Il y a Ed, le narrateur, qui travaille dans la publicité et s’ennuie dans sa vie. Il est légèrement influençable par son copain Lewis, l’aventurier qui cherche de l’adrénaline et veut tester son instinct de survie. Bobby et Drew se laissent entraîner dans l’aventure…Bien mal leur en a pris : la rivière se révèle plus agitée que prévu et des inconnus mal intentionnés s’invitent au spectacle. Ce livre ne saurait se résumer à une virée entre amis qui tournent mal, tant la psychologie des personnages, les rapports d’influences et les décisions qu’ils prennent dans l’adversité sont intéressants. La rivière et la forêt elles-mêmes, accueillantes par instants, sournoises en d’autres, sont des personnages à part entière. Un décor effrayant, une atmosphère étouffante, des personnages ambivalents, une histoire hallucinante : ne cherchez plus, vous tenez là un bon bouquin !

L'info en plus : Ce livre a reçu le prix Médicis étranger et a été adapté au cinéma par John Boorman en 1972.

jeudi 4 février 2010

Vu et approuvé/Invictus


Invictus,
Clint Eastwood


Oh qu’il est le beau le mélo ! Après 30 ans de prison, Nelson Mandela devient le premier président noir de l’Afrique du Sud et tente de réconcilier ses concitoyens après l’apartheid. Morgan Freeman campe si parfaitement ce rôle de président obstiné, courageux, empreint de sagesse et de pardon, qu’on peut parler de mimétisme. Les Springboks sont l’équipe de rugby sud-africaine, sport populaire chez les blancs et pratiqué presque exclusivement par les blancs, en déroute un an avant d’accueillir la Coupe du monde. Quand le chemin de ces deux géants se croisent, en découle une destinée hors du commun. Mandela pressent ce qui personne n’avait imaginé : une victoire de l’Afrique du Sud unirait les noirs et les blancs dans un même élan de joie ; ils vibreraient pour la première fois de leur histoire à une même cause…François Pienaar est le capitaine de cette équipe afrikaner, bercé depuis sa tendre enfance par des propos ségrégationnistes, qui se laisse magnétiser par un président d’exception…Le film montre bien les réticences des uns et des autres à se faire confiance mais ils s’apprivoisent beaucoup plus vite que ne le laisse craindre la réalité. Le film nous apporte quelques frissons dans le stade, mais les scènes de rugby sont très mal filmées et peu crédibles : des figurants pas très costauds notamment un Jonah Lomu ridiculement petit, le haka des néo-zélandais ne ferait même pas peur à un enfant de 6 ans…Et par-dessus la marché, on nous rajoute des ralentis, des bruitages tape-à-l'oreille et de la musique sirupeuse (signé du fils Kyle eastwood mais qui conviendrait mieux à un feuilleton pour ado). L’histoire en vaut la peine, mais c’est un film peut-être un peu trop calibré pour Hollywood, avec beaucoup de bons sentiments, pas d'esprit critiques et surtout un happy end…

lundi 1 février 2010

Lu et approuvé/Les justes

Les justes,
Albert Camus


Tuer ou ne pas tuer ? Telle est la question de cette pièce de théâtre, écrite en 1949 par Albert Camus. L’action se déroule un demi-siècle plus tôt en Russie, à l’époque où un groupe révolutionnaire se prépare à assassiner le grand duc Serge pour libérer le peuple… Ils se conçoivent comme des libérateurs, on les accuse de terrorisme : un débat d’une cruelle actualité. Dans cette pièce, on croise une galerie de personnages formidables, de la femme qui prépare la bombe pour son amant au poète maudit qui a la main qui flanche, du révolutionnaire pur et dur endurcit par des années de bagne au du cerveau de l’opération qui reste à l’écart du sang…En quelques phrases, tout est dit et son contraire : l’amour et la haine, la confiance et la suspicion, la solidarité et la lâcheté, la liberté et l’enfermement…Mais on trouve toujours au bout du chemin de la souffrance, chez les assassins, comme chez les victimes.

jeudi 7 janvier 2010

Lu et approuvé/Mon chien Stupide

Mon chien stupide,
John Fante

Stupide est le nom donné à un chien errant que recueille la famille d’Henry Molisse, le personnage principal. En fait, c’est plutôt ce chien qui s’est invité chez eux : il est si gros qu’il a d’abord été pris pour un ours. Ce chien est bourré de défaut, et notamment celui de vouloir s’accoupler à tous les hommes qui passent, les femelles de son genre le laissant complètement indifférent. Henri Molisse se retrouve quelque peu en cette bête épaisse et s’attache à lui au grand dam de son épouse et de ses quatre enfants. Scénariste et écrivain raté, il végète dans sa maison au bord de mer. Il se berce d’illusions, imaginant vivre à Rome pour retrouver ses racines italiennes. Sa femme, bonne à tout faire, même les dissert de son fils, est totalement dépassée par les événements. Les enfants sont tous des têtes à claque : cupides, fainéants, instables, égoïstes…Bref, une petite maison de fou où la communication entre parents et enfants n’est pas facile. Jusqu’au jour de leur départ, qui rend la maison bien vide…Ce petit roman loufoque vous plaira si vous aimez les esprits cyniques et le parler vrai ! Sinon, passez votre chemin.

mercredi 6 janvier 2010

Lu et approuvé/L'âme noire

L’âme noire,

Liam O’Flaherty

C’est un roman sur les sensations et les émotions, exigeant à lire ! Mais quelle force il dégage ! Les paysages y constituent des personnages à part entière, tourmentés ou tranquilles, orageux ou doux, à la faveur du roulement des saisons, de l’hiver à l’automne. Le climat sur l’île isolée d’Inverara en Irlande a un impact immédiat sur les habitants, aux caractères également fluctuants et même insaisissables. Le héros du roman, « l’étranger » comme l’appelle les habitants de l’île, arrive avec ses blessures de guerre, tout comme l’auteur très affecté psychologiquement pas son expérience dans les tranchées lors de la Première guerre mondiale. Il s’installe comme par enchantement chez un couple de paysans qui se détestent profondément et qui n’ont jamais consommé leur union. Ils forment un mariage à trois des plus boiteux. La jeune Mary, en mal d’amour, tombe sous le charme de l’étranger, mais celui-ci n’est pas un être facile à aimer et à apprivoiser. John le Rouge est malade de jalousie mais trop lâche pour chasser l’étranger. Le héros est lui dégoûté et attiré irrésistiblement par la vie de paysans, passant de l’amour à la haine dans un claquement de doigt pour tout ce qui l’entoure : les gens, les paysages, la vie en général. Nous le suivons, comme envoûté, dans ses pérégrinations physiques et intellectuelles.